Voyage en
Chine Auteur:
Marie-Lyne
Par l'intermédiaire d'une agence de voyage, Phung, Hien, Hanh et moi, nous décidons de faire un voyage en Chine.
Kodak étant en vacances en France, je la fais marcher de la porte de Choisy via le jardin des Plantes, Notre Dame de Paris jusqu'aux Champs Elysées pour chercher nos billets à Virgin Megastore.
Vendredi 1er juin 2001
Il est 17 h. Nous décollons avec une heure de retard. Hien prend place près de son frère. Je papote avec Phung. La durée du vol est de 9h30.
Samedi 2 juin 2001
Arrivée à l'aéroport de Pékin à 8h30, heure locale. Le guide nous attend. Nous sommes un groupe de huit personnes. Nous montons dans le car qui nous emmène dans la ville, nous traversons une large autoroute bordée de bouleaux. Une heure après nous arrivons à l'hôtel qui est situé dans le quartier des ambassades. Michel, notre guide s'occupe des différentes formalités pendant que nous attendons dans le hall d'entrée. Par curiosité, nous étudions la carte des boissons: 120 francs pour un thé ... Hien se demande si ce n'est pas une boisson aphrodisiaque !!
Nous nous reposons dans notre chambre jusqu'à midi, puis c'est le déjeuner à l'hôtel. Nous nous retrouvons devant une table ronde et les serveurs nous apportent huit plats différents !!
En voici la composition :
- Soupe aux œufs et au tofu
- Omelettes aux tomates
- Porc sauté à la sauce aigre douce
- Céleri sauté au porc
- Poisson cuit à la sauce d'huître
- Bœuf sauté au concombre
- Poivron sauté avec du porc
- Riz nature
- Dessert : pastèque.
Pendant le repas les couples se présentent:
Maria et Raymond : couple à la retraite.
Patricia et Norbert: femme policier et cuisinier.
Hien et Phung.
Hanh et moi.
Après ce copieux repas nous allons visiter un des nombreux sites de Pékin.
Beijing ou Pékin se trouve à l'est de la Chine avec une population de 12 millions d'habitants, c'est la capitale du pays.
Au sixième siècle avant JC, Pékin devient la capitale du royaume Yen. L'histoire de Pékin débute vraiment en 1215, année ou Gengis Khan réduisit à feu la ville qui se reconstruisit. En 1638 Zhu Yuanzhang prit Pékin et fonda la dynastie Ming. En 1453, le premier empereur Ming transfère la capitale à Nankin. En 1644, les Mandchous franchirent la grande muraille et renversèrent les Ming. Ils régnèrent jusqu'en 1911.
Pendant la dynastie Ming, Pékin et l'ensemble de la Chine furent marqués par des luttes de pouvoir, ce qui entraîne l'incendie du Palais d'été en 1860 par les troupes Anglo-Françaises, le règne corrompu de l'impératrice douairière Cixi, la révolte des Boxers, l'occupation des japonais en 1937 et enfin le Guomindang après la défaite des nippones avec Sun Yat Sen. L'entrée de l'armée de libération du peuple mit fin à ces troubles. Le premier octobre 1949, Mao proclamait la République populaire de Chine.
Michel nous emmène donc visiter le Palais d'Eté qui est un immense parc contenant les édifices de l'époque Qing. Le site était un parc impérial depuis le douzième siècle. L'empereur Qianlong au 18 è siècle fit approfondir et agrandir le lac Kunming par 100.000 ouvriers environ. Puis ce parc fut mis à l'abandon. L'impératrice Cixi entreprit de le rénover et fit construire un bateau de marbre au bord du lac. La cour se rendait au Palais d'Eté pour échapper à la chaleur torride de l'été et l'accent fut mis sur les symboles rafraîchissants: l'eau, les jardins, les collines.
Le bâtiment principal est celui du Palais de la Bienveillance et de la longévité. Il abrite un trône en bois et était utilisé par l'empereur pour traiter des affaires d'Etat. Plusieurs temples se dressent sur la colline de la longévité. Une longue galerie longe la rive Nord du lac. Elle représente de scènes de légende et mesure 700 m de long. D'après Michel, c'est le plus grand corridor peint et décoré dans le monde.
Phung propose au groupe de faire une promenade sur le lac Kunming, proposition adoptée à l'unanimité. Michel hésite un peu car ce n'est pas prévu au programme puis accepte. Il va faire la queue pour l'achat des billets. Nous embarquons dans un bateau rouge avec un toit de tuiles rouge en forme de pagode. Il nous dépose sur l'autre rive et l'on profite pour admirer le paysage. La vue est splendide ; en face plusieurs temples se dressent sur la colline de la Longévité. Après avoir rempli nos yeux de ce spectacle nous reprenons le bateau qui nous ramène auprès du palais de la Bienveillance et de la Longévité. Nous croisons ce fameux bateau de marbre, j'imagine les fêtes que l'impératrice Cixi a dû donner sur ce grand bâtiment.
Nous quittons le Palais d'Eté pour nous diriger vers le Temple des Lamas, qui dit-on est le plus beau de Pékin. Au départ c'était une résidence du prince Yin Zhen (1723) et devint en 1744 une lamaserie. On pénètre dans le temple par trois portiques richement ornés. L'ensemble des cinq principaux palais est ordonné le long d'un axe où ils s'échelonnent du plus petit au plus grand. Les styles sont variés : mongol, tibétains et chinois. Un petit détail pour chaque palais : le premier palais, le Lokapala abrite une statue du Bouddha du Futur entouré de gardiens célestes. Le second palais, Yonghedian représente trois représentations du Bouddha : Passé, Futur, Présent. Le troisième palais Yongyoudian renferme les Bouddhas de la longévité et de la médecine... Le Palais de la Roue et de la loi contient une grande statue en bronze de Tsong Kapa, fondateur de la secte des bonnets jaunes. Ce bâtiment de style tibétain sert à l'étude et à la prière. Dans le dernier palais, le pavillon Wanfu, se trouve une statue de 18 m de haut du Bouddha Maitreya sous sa forme tibétaine sculptée dans un seul bloc de santal.
Nous sortons de ce temple les yeux remplis de ces merveilleuses images, nos paupières sont néanmoins lourdes car nous n'avons pris aucun répit depuis notre arrivée. Sans pitié, Michel nous traîne pour nous emmener voir l'Opéra de Pékin. Ce n'est pas vraiment la grande représentation du grand Opéra mais la prestation est assez bonne. Malheureusement, nous sommes tellement épuisés que peu d'entre nous apprécient ce spectacle. Trois classiques chinois sont présentés ; malgré notre extrême fatigue, on admire le maquillage et les mimiques des acteurs surtout la scène du singe Sun Wukong qui sème la pagaille dans le temple des dieux. En sortant du théâtre, un spectacle amusant s'offre à nos yeux : à l'entrée sur l’esplanade, des chinoises en rang dansent le Madison sous la direction d'une chorégraphe locale... Phung se glisse parmi elles et esquisse quelques pas de danse... Nous éclatons de rire … Mais il est grand temps d'aller se coucher !
Dimanche 3 juin 2001
Après une bonne nuit de sommeil et un solide petit déjeuner, tout le monde se met en route pour le tombeau des Ming. Le paysage est très agréable, beaucoup de pêches aux fruits nacrés et roses nous donnent envie de croquer ces pêches au teint si délicat !! On arrive devant l'allée des statues qui représente douze animaux de pierre réels ou mythiques puis douze statues humaines (généraux, ministres, fonctionnaires).
Michel nous mène au tombeau de Dingling qui fut le premier tombeau à être mis à jour entre 1956 et 1959 et ouvert au public. Treize des seize empereurs Ming sont enterrés dans cette zone de 40km2 appelée aussi les 13 tombeaux. Dingling est le monument funéraire de l'empereur Wanli (1573-1620). Cinq cent mille ouvriers auraient œuvré. Wanli et ses deux épouses impériales ont été inhumés dans des cercueils doubles entourés de plaque de jade brut. Nous entrons dans un escalier souterrain qui ressemble assez à une bouche de métro. Nous descendons quatre niveaux et on se retrouve devant deux cercueils vides qui ressemblent à des coffres en pierre d'une banque On est un peu déçus, la seule consolation dont on peut tirer c'est qu'il fait frais. Nous remontons et visitons le musée ou des reliques sont exposées, mais rien de remarquable (vêtements, bijoux, armes).
Nous partons ensuite visiter une fabrique de jade. A l'accueil des hôtesses nous attendent. Un film sur le jade, ses propriétés, son lieu de prospection est donné. Puis c'est la visite des ateliers de fabrication du jade, c'est travaillé à la fraise sous un écoulement d'eau pour diminuer la poussière. Enfin on arrive vers les lieux de tentations : le shopping. Le magasin est immense et comporte un étage, le jade blanc, vert, se présente sous toutes ses formes en bijoux : animaux (tigres et dragons sont souvent représentés), poteries, fruits (surtout la pêche) et même des choux chinois finement ciselés. Phung et moi, nous succombons et choisissons chacune un médaillon ovale de jade vert serti d'or. Les maris, avec un léger sourire crispé sortent leurs portefeuilles.
Le car repart pour Badaling à la découverte de la Grande Muraille de Chine à 70km du Nord Ouest de Pékin. La grande Muraille est appelée par les chinois " long mur des dix mille Li" (5000 km). Sa construction a débuté il y a plus de 2000 ans sous la dynastie Pin pour se protéger des incursions des nomades. Des centaines de milliers d'ouvriers parmi lesquels de nombreux criminels et prisonniers de guerre contribuèrent à la tâche. La portion de muraille à Badaling a été restaurée en 1957 et se dresse à 1000 m d'altitude. Il fait très chaud (près de 35° C). Nous grimpons avec enthousiasme les premières marches. Quelle extraordinaire aventure !! Quand je pense que c'est le seul monument que l'on peut apercevoir de la lune. Au fur et à mesure que l'on gravit les marches, l'enthousiasme diminue, le sourire disparaît et les premiers signes d'essoufflement apparaissent. Hanh abandonne la partie à mi chemin, ses jambes déclarant forfait. Heureusement qu'il y a des tours de guet qui permettent aux pauvres touristes de se reposer un peu à l'ombre. Hien, Phung et moi nous continuons péniblement. Je suis au bord de l'épuisement mais par amour propre, j'arrive à une traîner au sommet, juste une hauteur de plus que Phung et Hien. En descendant, je ne sens plus mes jambes et je dois m'accrocher à la rambarde. A mi-chemin, nous gravons nos initiales sur un plan de mur, histoire de laisser un petit sourire. Passer mon corps souffrant et endolori sur la banquette du bus climatisé est pour moi un luxe inouï.
En attendant que tout le groupe soit réuni, je demande à Michel si l'on pourrait assister à une pratique de la médecine chinoise traditionnelle. Michel réfléchit un peu puis acquiesce. Le groupe est ravi.
Nous arrivons devant un hôpital d'état ou une charmante dame aux cheveux gris nous accueille. Devant un grand poster représentant un corps humain, elle nous explique très brièvement les principes de l’acupuncture, la théorie du Ying et du Yang. Puis nous montons au premier étage. Dans une petite salle, des pupitres et un tableau blanc sont disposés comme pour nous inviter à nous asseoir tels de sages écoliers. Nous prenons place et la dame qui s'avère être le chef de service propose à l'un membre du groupe une consultation gratuite. L'heureuse élue est Maria. Un homme en blouse blanche vient palper son pied et diagnostique certaines pathologies qui s'avèrent être justes. Le groupe féminin est emballé et désire aussi se faire examiner. Phung passe en premier et j'attends mon tour avec impatience. Mais quand j'entends énumérées les maladies supposées de Phung, le nombre de pilules à ingurgiter à chaque repas (15 unités), le prix des médicaments (environ 800 francs par mois), je me rétracte vivement ainsi que les autres membres du groupe et l'on s'en va sans rien acheter. Les hommes du groupe abhorrent un sourire triomphant et Hanh rigole sous cape !! Quant à moi, le profil bas et toute penaud, je ne proclame plus sur les toits que la médecine traditionnelle chinoise était mon initiative !!
On va ensuite manger dans un restaurant où un spectacle de danse ethnique est proposé. De charmantes jeunes filles attachent à chaque poignet un brin de laine rouge censé être un porte bonheur. Pour mémoriser cette soirée, Phung et moi, nous nous prenons en photo ensemble.
Lundi 4 juin 2001
Nous partons vers 9 h 30, direction place Tien An Men qui est le cœur de Pékin, une grande place pavée. Les derniers grands défilés eurent lieu ici durant la révolution culturelle lorsque Mao, portant le brassard des gardes rouges, passait en revue des défilés de plus d'un million de personnes. En 1989, les soldats et les chars d'assaut de l'armée écrasèrent les étudiants qui manifestaient en faveur de la démocratie. Des monuments du passé et du présent se dressent autour de la place Tien An Men (porte de la paix céleste), le palais des musées, le mausolée de Mao et le monument aux héros du peuple. Nous nous promenons sur ce lieu historique, remplis de pensées différentes. Une énorme effigie de Mao est affichée sur la porte Tien An Men. Les chinois passent devant indifférents et vont vaquer à leurs occupations. Je m'attendais à voir une multitude de vélos chevauchés par des chinois en uniforme. Mais je ne vois que des personnes habillées à l'occidentale circuler à pied ou en voiture, les cycles sont rares.
Michel nous mène à la cité interdite. Il y a 200 ans, le prix d'entrée à un étranger était la mort immédiate. Cette cité fut construite entre 1406 et 1420 par l'empereur Yong Le. Les empereurs dirigèrent ce palais souvent d'une manière désordonnée car ils avaient tendance à perdre contact avec la réalité de ce monde clos et souvent les eunuques avaient les rênes du pouvoir. En principe, il faudrait au moins une journée voire plus pour la visite tellement que les dimensions du palais sont considérables. Nous entrons par la porte du midi qui est portique majestueux. Elle était réservée à l'usage de l’empereur. Le commun des mortels se servait des portes adjacentes, les militaires passaient par la porte de l'Ouest, les civils par la porte de l’Est. De l'autre côté du ruisseau aux Eaux Dorées, enjambé par cinq ponts de marbre se dresse la porte de l'Harmonie Suprême. Elle domine une immense cour.
Les trois grands palais constituent le cœur de la cité interdite. Il s'agit d'édifices destinés à la vie officielle :
- Le palais de l'Harmonie Suprême est le plus grand et le plus important. Il servait pour les cérémonies importantes, les anniversaires de l'empereur, la nomination des généraux. Une grande statue en bronze devant le palais symbolise la longévité et la stabilité. Un somptueux trône du dragon occupe l'intérieur du palais.
- A l'arrière se trouve le palais de l'Harmonie Parfaite qui servait pour l'empereur à rédiger des discours, à recevoir les ministres. Deux palanquins sont exposés.
- Le palais de l'Harmonie Préservée servait aux banquets et plus tard pour les examens littéraires.
Derrière les trois grands palais se trouvent trois édifices :
- Le palais de la Pureté Céleste où on recevait les hauts dignitaires et les ambassadeurs étrangers.
- Le palais de l'Union.
- Le palais de la Tranquillité terrestre.
En quittant la cour intérieure par la porte de la Tranquillité terrestre se trouve le jardin impérial à l'extrémité Nord de la cité interdite.
Les parties Est et Ouest étaient les palais d'habitation. Les six palais de l'Ouest étaient les appartements des impératrices et des concubines. Les pièces de mobilier, des couvre-lits en soie, des objets personnels sont exposés. Parmi eux, le Palais de l'éternel Printemps qui a inspiré Cao Xue Qin pour son œuvre : " Le rêve dans le Pavillon Rouge " (Hong Lau Mong) , un classique chinois. L'impératrice douairière Cixi y vivait alors qu'elle était encore une concubine.
Plus au Sud des six Palais de l’ouest, le palais de la nourriture et de l'esprit qui abritait les appartements privés de l'empereur qui comprennent les salles de réception, un bureau pour la signature des documents importants et une chambre à coucher à l’arrière.
Bibliothèques, temples et théâtres font partie des palais de l'Est. Ce sont des musées actuellement.
Nous ressortons par la porte du Génie Militaire divin. Avant de ressortir complètement de la Cité Interdite, on finit notre tour dans un magasin de souvenir où du thé nous est offert gracieusement. Phung fait l'acquisition de deux tasses à thé représentant un dragon. Sous l'effet de la chaleur les couleurs changent !
Le car nous attend. Nous allons goûter une spécialité de la région de Xuang, le menu est à peu près le même que dans les autres restaurants sauf un plat à base de riz grillé servi avec une sauce d'huître.
L'après midi est consacré à la visite du Temple Céleste qui symbolise Pékin de nos jours. Il est situé dans un parc de 267 hectares avec quatre portes aux points cardinaux. L'empereur - le fils du Ciel y célébrait des rites solennels. Le Temple présente trois toits et a une forme ronde. La visite se fait assez rapidement car on a assez marché le matin.
Le soir on va goûter le fameux canard laqué de Pékin. La volaille est servie en plusieurs étapes : d'abord la viande sans les os puis des tranches de peau croustillantes accompagnées de sauce et de crêpes chinoises. Hien, Phung Hanh et moi, nous trouvons que le canard laqué du treizième arrondissement de Paris est meilleur. Affaire de goût naturellement.
Arrivés devant l'hôtel, nous décidons tous les quatre de faire un tour " Pékin By Night ". Nous prenons un taxi après que Michel nous ait donné une adresse. On se retrouve dans le quartier chic de la capitale, un peu comme les grandes avenues de Paris. Ce n'est pas du tout ce que l'on attendait ! On est très déçus ; on se croirait avenue des Champs Elysées made in china en moins bien. On rentre à l'hôtel mais avant d'aller nous coucher on va manger une soupe aux nouilles. Ne causant pas chinois, Hien arrive très bien à se débrouiller avec le langage des mains.
Mardi 5 juin 2001
Nous allons prendre le métro de Pékin. Le bus nous dépose devant une station. Il n'existe que deux lignes de métro: l'une qui forme un rectangle et l'autre qui est une droite. J'ai vraiment l'impression de prendre le RER, rien d'autre.
Après le métro, c'est la balade en vélo pousse pour la visite d'un hutong ou ruelles (c'est le nom d'origine Mongol). A l'origine, le plan de la ville se composait de maisons disposées autour de cours intérieures. Nous nous arrêtons devant la maison d'un habitant pour déjeuner. C'est le genre d'un grand studio qui est meublé d'un lit à deux personnes, une table ronde, une télévision. La propriétaire nous accueille avec un charmant sourire et nous nous mettons à table. Le menu change un peu car ce sont des raviolis à la vapeur qui sont à l'honneur. Tout le monde est content et repu.
Après ce repas, c'est la promenade chez les antiquaires de Liulichang. Là je trouve des tasses à thé qui changent de couleur sous l'effet de la chaleur à un prix très raisonnable. A part cela, rien de très intéressant sauf l'aspect et l'architecture de certaines maisons. Il faut avouer que je ne suis pas douée sur l'histoire de l'art. Hien et Phung vont un peu plus loin et trouvent un marché aux Halles. Des légumes frais s'étalent devant nos yeux. Des pâtisseries appétissantes sont alignées devant une vitrine. Phung achète des champignons parfumés. Puis nous retournons au bus.
Michel nous dépose devant la gare de l'Est pour nous montrer notre train qui doit nous conduire à Nankin. Mais ce n'est pas la bonne gare ! Nous reprenons vite le bus qui cette fois nous dépose au bon endroit : la gare de Pékin. Nous nous installons tous les quatre dans un compartiment avec quatre lits couchettes. Le dîner se compose de sandwiches, œufs durs, pomme et charcuterie. Nous n'arrivons pas à finir. Mais quelques heures après, Hien et Phung, pour ne pas nuire à leur réputation de "gourmands" vont s'octroyer une soupe dans le wagon restaurant. Après quelques plaisanteries, nous allons nous coucher. Le voyage dure toute la nuit et j'ai du mal à fermer l'œil bien que tout soit confortable. Le train s'arrête à quelques petites gares et continue son trajet jusqu'à Nankin.
Mercredi 6 juin 2001
Il est six heures du matin. Nous sommes arrivés à destination. Un autre guide, monsieur Wang nous attend. Avant de monter dans le bus, Phung repère un pauvre homme endormi dans la chaussée et lui donne le repas de la veille qui restait. L'homme se redresse, hébété et regarde le contenu du sac. Quand il se rend compte que ce sont des victuailles, il remercie vivement Phung et se met à manger avec avidité. Chaque être humain a une destinée, quoique l'on pense, je remercie la Providence de sa clémence de m'avoir accordé jusqu'à présent ce certain confort de vie.
Nous faisons un arrêt à l'hôtel puis nous repartons visiter la pagode Gulindi qui se trouve au milieu d'une grande forêt calme, mais auparavant nous faisons une petite halte pour admirer le palais sans poutre. Il doit son nom à son architecture faite de trois voûtes en berceau sans une seule pièce en bois. A l'intérieur des personnages en cire sont représentés : l'impératrice Cixi, Pu Yi, le dernier empereur, et Sun Yat Sen. Nous nous dirigeons ensuite vers la pagode. Pour arriver au sommet, nous gravissons 9 étages pour pouvoir regarder les alentours. Cependant, une brume au loin nous empêche de voir tout le paysage.
Vient ensuite la visite du mausolée de Sun Yat Sen. C'est pour les chinois un lieu de pèlerinage car Sun Yat Sen est considéré tant par les communistes que par le Guomindang comme le père de la Chine moderne. Pour accéder au tombeau lui-même, il faut gravir un monumental escalier de pierre. A l'entrée du chemin se dresse un portique en marbre recouvert d'un toit de tuiles bleues et blanches ( le blanc étant le soleil et le bleu la couleur du drapeau du Guomindang). La crypte se trouve sur la terrasse supérieure au fond de la chambre commémorative. Dans cette salle se trouve une statue de Sun assis, réalisée par le sculpteur français Paul Landowski. Au fond, dans une fosse circulaire se trouve le cercueil sur lequel repose un gisant en marbre. En fait on ne sait pas si la dépouille de Sun Yat Sen se trouve vraiment dans le tombeau ou a été emportée à Taiwan par le Guomindang.
Nous partons ensuite chez un ostréiculteur. Une petite délégation nous attend. Des huîtres à perle sont élevées dans de grands bassins. Une jeune femme va nous faire une démonstration. Elle demande à Phung de choisir une huître puis l'ouvre devant nos yeux : des minuscules perles sont greffées à l'intérieur. Nous rentrons dans le magasin de bijoux de perle. Phung fait le tour mais ne trouve pas son bonheur, quant à moi je fais l'acquisition d'un bracelet à trois rangs pour Anne-line.
Après le repas du midi, Monsieur Wang nous fait visiter la vieille ville. On va ensuite vers le marché aux animaux où l'on trouve des tortues, différentes espèces d'oiseaux, des chatons et des chiots. Certains ressemblent à des peluches et sont vraiment craquants.
Un peu plus loin, Phung trouve une théière en terre qui lui plaît et après un âpre marchandage l'achète.
Monsieur Wang nous guide ensuite vers le palais de la dame San Shu Xi. C'est une immense demeure classique avec de beaux jardins et des coins d'eau. Une belle et triste histoire nous est contée: San Shu Xi était une belle femme qui s'était mariée très jeune. Peu de temps après les épousailles, le mari partit pour aider à l'érection de la fameuse muraille de Chine. En attendant son retour, elle brodait et tissait pendant que son cœur soupirait. Elle n'était pas du tout ce que son nom phonétiquement représentait la dame "sans soucis". Phung et moi, nous nous faisons prendre en photo, déguisées en costume impérial chinois. Puis nous rentrons à l'hôtel.
Jeudi 7 Juin 2001
De Nankin, nous prenons le train pour Suzhou, la Venise de l'Orient, la ville de la soie. Elle est réputée pour ses jardins. Nous arrivons à 14 heures. Un nouveau guide Justin nous attend. Le bus nous dépose devant un somptueux hôtel. Au moment de remplir les formalités Justin nous annonce d'un air penaud qu’on n’est pas dans le bon hôtel. On remonte dans le bus et après une promenade à travers la ville, on se trouve à destination. Il est 14 heures. Après une collation substantive, c'est la visite du jardin de la politique des simples. Aménagé au début du seizième siècle, c'était un jardin privé appartenant à Wang Xian Chen, censeur à la cour impériale dont la vie connut des hauts et des bas. Il s'inspira d'une vielle maxime qui dit : "cultiver son jardin pour subvenir à ses besoins, voilà ce qu'on appelle la politique des simples ".
C'est un parc de cinq hectares avec des ruisseaux, des étangs, des ponts et des îles couvertes de bouquets de bambous. Des chinois promènent des oiseaux en cage pour leur permettre de faire des roulades. Après cette promenade, nous allons flâner dans un autre jardin, celui du maître des filets. C'est le plus petit jardin de Suzhou. A la partie Est se trouve l'antichambre où une chaise à porteur est exposée. Ce sont ensuite les salles de réception, les appartements privés et la bibliothèque. Dans la partie centrale se tient l'essentiel du jardin avec un étang. La partie Ouest est un jardin intérieur sur lequel donne le cabinet d'étude du maître. Justin nous propose une promenade en bateau à travers l'un des nombreux canaux moyennant finance. Après s'être concertés, tout le monde est d'accord et Phung arrive à obtenir une réduction. Le bateau nous attend sur le pont Marco Polo (qui vint à Suzhou en 1276). Notre promenade dure à peu près une heure. On observe quelques habitations vieilles de plus de 400 ans, mais à part cela, rien de particulier. Par endroit des odeurs pestilentielles montent dans nos narines (car dans ces canaux se déversent les tout à l'égout). On a l'impression de s'être fait roulés.
Après le repas du soir, on marche du côté du jardin de la politique des simples et on fait l'acquisition de quelques bibelots (baguettes en faïence, trois statues de génie chinois, cravates en soie). Hien et Phung sont des professionnels du marchandage et on demande leur intervention.
Vendredi 8 juin 2001
Cette fois, le petit déjeuner est à l'européenne et Hien trouve le service lamentable : le beurre est rance, le pain sans goût.
Départ pour la colline du Tigre qui est située dans un parc de vingt hectares. Le roi Helu, fondateur de Suzhou est enterré près du sommet. Un tigre blanc serait apparu pour garder sa tombe. Un peu plus loin se trouve la pagode de la colline qui s'incline au fil des années. Phung et moi nous la comparons à la tour de Pise. Justin nous emmène ensuite dans une fabrique de soie où l'on assiste aux diverses étapes: culture de feuilles de mûrier, élevage du bombyx et extraction du fil à soie. Dans l'usine, des ouvrières affairées dévident des cocons. Je me laisse tenter par une couette faite à partir de ver à soie. Elle est légère et agréable au toucher. Avant de rentrer dans la boutique du prêt à porter, des mannequins font un défilé. Les hommes sont ravis et admirent ces splendides créatures, les femmes; quant à elles détaillent avec minutie les costumes. Nous allons ensuite explorer le magasin de vêtements, mais rien ne nous plaît vraiment.
Le programme du circuit prévoyait un déjeuner dans l'ancien village de Zhou Zhuang mais un contre temps arrive: le président de la Chine, Monsieur Jiang Zemin préside une conférence dans ce village et tout est barricadé. Nous revenons donc à Suzhou et déjeunons dans un restaurant au premier étage situé près d'un canal. Pendant le repas, un trio de musiciens nous donne un concert de mélodies chinoises. A côté de notre table, deux personnages en cire sont assis: un poète et un intellectuel du siècle dernier qui avaient leurs habitudes ici. Nous trouvons que le thé a un drôle de goût. L'eau doit venir des canaux.
Le repas terminé, nous faisons une promenade en gondole. C'est une jeune femme qui rame. Justin nous explique qu'elle gagne 10 yuans par jour avec une subvention bien maigre de l'Etat. Malgré toutes ces difficultés, elle nous semble très sereine.
Il est 15 heures. Justin nous quitte. Le chauffeur a pour mission de nous mener à Shanghai où un autre guide local nous attend. On arrive à 18h.
Shanghai est une énorme ville de 13 millions d'habitants. C'est l'un des centres économiques les plus actifs de la Chine. De grands gratte-ciel jaillissent comme des champignons. J'ai l'impression de me retrouver à New York !!
Le guide (qui est une femme) nous emmène dîner puis nous allons assister au spectacle des acrobates de Shanghai. Les représentations sont impressionnantes. Entre autres numéros, il y a une démonstration d'équilibre amusante: une jeune fille sur un monocycle arrive, avec sa jambe droite, à empiler des bols sur sa tête. D'autres font tourner des petits tapis avec leurs mains, pieds; des contorsionnistes montrent leur agilité.
On est tous ravis. C'est le retour à l'hôtel. Nous arrivons à trouver Internet pour avoir des nouvelles de France.
Hien et Phung viennent dans notre chambre pour papoter un peu. On prend un petit thé en donnant nos impressions sur les acrobates.
Samedi 9 Juin 2001
On part direction temple du Bouddha de Jade. C'est un monastère construit entre 1911 et 1918. Les murs sont couleur jaune safran.
En arrivant, nous assistons à une cérémonie des fidèles, les mains jointes psalmodiant des prières, marchant en file indienne. Trois bouddhas dorés occupent une grande salle et d'autres pièces renferment des dieux à l'air féroce. Quelques 700 sutras décorent les murs. Le bouddha de Jade mesure deux mètres de haut (un moine l'aurait apporté de Birmanie en 1882). Un petit bouddha de jade authentique est exposé. D'après notre guide, le grand bouddha serait une réplique.
Nous sortons de la pagode pour une visite des jardins de Yu. Après tous ceux qu'on a vus à Suzhou, le tour est vite fait.
L'après midi est consacré pour le musée de Shanghai. Construit en 1952, il présente de belles collections de bronze, de peinture, de céramique et de porcelaine. Nous avons chacun un baladeur avec cassette et chacun va faire son tour en toute liberté en écoutant les commentaires. Le rez-de-chaussée renferme de belles collections de bronze (cloches de la période Zhou), des coupes de vin, des armes...
Le premier étage: porcelaine, céramique, céladon. Le deuxième étage est consacré à la peinture. Pour les chinois, la peinture c'est l'art du pinceau et de l'encre. Le trait du pinceau qui varie en épaisseur et en ton est ce qui compte avant tout dans une œuvre. La tradition veut que l'œuvre se fasse de mémoire et ne cherche pas tant à imiter l'apparence extérieure du sujet qu'à capturer ses capacités vitales et à imprégner le tableau qui anime la nature. Le spectateur devait pouvoir se sentir au milieu du tableau et laisser vagabonder son imagination. La peinture devait servir, comme la calligraphie, de moyen d'expression et de communication. Notre temps de visite étant limité, nous sortons pour traîner nos pieds dans l'avenue de Nankin. Mais nous éprouvons beaucoup de déception car il y a foule et les magasins exposent des produits de luxe qu'on trouve ici en France.
Nous prenons un taxi et nous nous redirigeons vers les jardins de Yu. Pour les derniers achats. Souper dans une cantine (fondue chinoise) et départ pour l'aéroport de Shanghai. Il est 00h00 quand on décolle.
Atterrissage à Paris à 5h00 du matin.
En face de nous se dresse l'hôtel de ville de la vieille ville (datant du 14è
siècle) dominé par une tour haute de 70 m qui donne une vue sur Prague. Des groupes de touristes sont concentrés autour d'un bâtiment, «dame curiosité» nous invite, voire nous incite à les
rejoindre. On est face à la fameuse horloge astronomique de Prague qui avait le but de représenter les orbites sensées tourner autour de la terre, elle indique aussi les signes du zodiaque qui
avaient une grande importance au moyen-âge. Construite en 1410 par le maître horloger Hanus, elle évoque le passage du temps ; à chaque heure, un squelette (représentant la mort) situé
en bas de l'horloge brandit un sablier et tire sur une corde. En face du squelette deux personnages représentant l'allégorie du vice et de l’avarice, à sa gauche une statue représentant un turc ;
c'est un rappel de l'invasion turque en Europe centrale au 16 et 17ème siècle. Au dessus de l'horloge, deux fenêtres s'ouvrent à ce moment là et les douze apôtres de l'Evangile défilent précédés de
Saint-Pierre. Lorsque les fenêtres se referment, un coq doré perché lance un chant un peu rouillé par le temps.
Sur toute la longueur du pont, 75 statues sont érigées (qui sont hélas les copies des
originaux). La plus ancienne est celle de Saint Jean Népomucène qui fut le prêtre confesseur de la reine sous le règne de Venceslas IV. Le roi, de nature méfiant et jaloux soupçonnait sa femme de
ne pas lui être fidèle et voulut connaître les aveux de la reine mais Jean de Népomucène refusa de céder à la pression, il fut pour cela jeté par dessus le pont dans la rivière; c'est alors
qu'une auréole dorée apparût à ce même endroit rappelant son martyre.
Le voyage tire à sa fin. Nous allons nous rendre devant les pyramides de Guizèh(ou Giza)
qui sont situés à une quinzaine de kilomètres du Caire. Ces pyramides sont des tombes gigantesques destinées aux pharaons Khéops, Khephren et Mykérinos. Devant celle de Khephren se dresse le
Sphinx aux longues pattes (il me rappelle Koka quand elle prend la pose pour se dorer au soleil devant la porte d’entrée de notre pavillon à Choisy le Roi). Devant l’une des sept merveilles du
monde, nous sommes contemplatifs. Une brume matinale empêche de tout voir mais petit à petit, le soleil lève le voile et darde ses rayons. Les sempiternels vendeurs de cartes postales et de
souvenirs sont présents. Nous passons devant un étrange bâtiment qui renferme la barque solaire en cèdre du Liban qui devait transporter l’âme du défunt pharaon dans l’au-delà.
Le sphinx se trouve à 300 mètres de la pyramide de Khephren. Ce félin mythologique était
censé veiller sur la nécropole ; la barbe et le nez furent anéantis par les mamelouks (membres d’une milice formée d’esclaves affranchis) qui s’entraînaient au tir de canon.